Ne strictement rien produire d’intéressant ni d’utile

          
Voilà un article (licence Creative Commons), trouvé sur l’Ashram de Swâmi Petaramesh (via Rezo.net), et qui pose à chacun de nous une question fort importante (me semble-t-il…) : qu’ai-je créé ?
 
 
Une des grandes questions de ce siècle…
         
 
Par Petaramesh le mardi 16 juin 2009, 20:23 – Râleries dualistes
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…sera sans doute de tenter de comprendre un jour comment de telles quantités de gens auront pu passer une portion aussi importante de leur existence assis derrière un bureau à ne strictement rien produire d’intéressant ni d’utile à quoi que ce soit, alors qu’il y a tant d’Ailleurs qui leur tendraient les bras…

Encore ne suffit-il pas de produire de l‘inutile, il faut de plus le faire dans l‘urgence perpétuelle (un peu comme ces lois qu’on vote à l’assemblée…), sous la pression du stress et en veillant bien de préférence à ce que les uns pourrissent la vie des autres autant que faire se peut, sinon ce serait moins drôle…

27 ans que je bosse… Putain ! 27 ans ! À de bonnes périodes de chômage près durant lesquelles j’étais (mal) payé à ne rien foutre, j’ai passé les autres de ces années à être (parfois bien) payé (mais plus maintenant) à faire des choses, en dernière analyse, profondément inutiles.

(Putain !) 27 ans (!) de « carrière » derrière moi, même en comptant large disons 7 à chomouiller, formouiller, faire ou espérer autre chose, ça doit bien faire une bonne vingtaine d’années de boulot. Fois à la louche 220 jours bossés, soit quelque chose comme 4.400 journées de « boulot« … Ou 35.200 heures.

Arrivé à ce point la question qui se pose est : Ai-je, dans le cadre de mes 35.200 heures d’activité professionnelle, réalisé une seule fois une seule chose qui ait été réellement, directement ou indirectement utile à quelque chose d’utile, ou, en dehors de ce cadre, quelque chose de beau ?

Comme on dit, poser la question c’est donner la réponse

Pour le côté utile, ah oui, j’ai fait plein de choses utiles à d’autres choses utiles à d’autres choses dont l’utilité finale n’aura été que d’engraisser quelques actionnaires (on dit : increase shareholder value) eux-mêmes radicalement inutiles.

Pour le côté beau, ah oui, j’ai bien fait quelques acrobaties savantes ou pondu quelques bouts de code artistiquement quenutés et atteint parfois une forme d’esthétique[1] dans un truc éventuellement utile (ou pas, mais on s’en fout puisque c’est bien fait) à quelque chose d’à son tour inutile. Et moche.

Rien n’est aussi inutile que de faire avec efficacité ce qui ne devrait pas être fait du tout.
– Peter Drucker

Mais il faut po-si-ti-ver, me direz-vous ! Enfin, j’espère que vous ne me le direz pas 😉

En po-si-ti-vant, je peux me féliciter du fait que cette gigantesque accumulation d’inutilité flagrante m’aura permis de remplir mon estomac de MacDoteries, de m’offrir dans mon jeune temps quelques (caisses de) gadgets techniques ultra-sophistiqués (périmés en 6 mois)[2] dont la seule vue chez mes cadets compulsifs de l‘i-Phone me fait périr d’ennui, de fumer l’équivalent budgétaire de quelques Porsches neuves, de payer la même durée de loyers à des propriétaires inutiles qui s’engraissent en dormant sur le dos de mon travail inutile, et de permettre l’existence matérielle de quelques (très) beaux enfants dont j’espère très-très fort qu’ils trouveront leur tour venu autre chose à foutre pour remplir leur gamelle que de sacrifier la majeure partie de leur existence au culte du Dieu Inutile.

Ceci compenserait-il cela dans un jeu à somme nulle ? Ma foi, si j’en crois mon dernier relevé de compte, le bilan général serait nettement déficitaire.

Probablement en partie parce que la perception aigüe de l’inutilité globale m’ôte tout désir et toute ambition de grimper la putain d’échelle en consacrant à l’inutile encore davantage de temps et de gages de soumission. Le point infranchissable étant celui de la soumission mentale et du leurre consciemment auto-infligé.

Se consoler a minima ? Se dire qu’à défaut de faire de l‘utile, du moins n’aura-t-on pas fait de nocif ? Pas de conception de viseurs de chars ou de fabrication de mines anti-personnel à mon actif, pas d’arrestation de « sans-papiers » ni de complicité à de telles choses, pas de participation à la diffusion massive de polluants dans la biomasse, et je ne crois pas que mon activité professionnelle ait causé le moindre tort à qui que ce soit. Même pas indirectement. Déjà ça de pris. Mais c’est maigre.

De mon auguste point de vue, le temps passé ainsi à faire des choses inutiles aura été autant de temps passé à m’empêcher de trouver un moyen de faire une chose utile, ou à tout le moins, des choses intrinsèquement intéressantes. À moins que ce ne soit le signe clinique d’un manque absolu d’imagination ou de capacité à la mettre en action dans un tel cadre.

En fin de compte, je dois être le seul parmi mes relations professionnelles que mon manque absolu de motivation ne surprend pas du tout.

À peu près autant que ne me surprend pas du tout le fait que le truc hyper-urgent-bouillant-faut-tout-laisser-tomber-et-se-précipiter du jour sera le truc dont personne n’aura rien à secouer qu’il n’ait pas été fait la semaine prochaine.

Et pendant ce temps-là, le soleil brille sur les montagnes et les feuilles des arbres bruissent dans des havres de paix.

 

Notes

[1] Dont l’élégance n’aura toutefois jamais été perceptible que de moi-même…

[2] Devrait y avoir une date limite de vente dessus, comme les yaourts.

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