Archive pour Starodoubsky

Les Blockhaus de la côte…

Posted in Do you remember ?, Ils nous ont quitté, Kultur with tags , , on 28 août 2012 by Jeff

« Merci pour ce bel hommage à Pierre dont j’apprends le décès en ouvrant ce blog;

J’étais un ami d’enfance de Pierre quand nous avions tous les deux 9 ou 10 ans à La Rochelle , ville où ses parents avaient enménagé en quittant la Tunisie, nous étions dans la même classe au Jycée E. Fromentin et passions une grande partie de nos jeudi a.m. à explorer les blockhaus de la côte…

J’ai perdu sa trace quand ses parents ont quitté La Rochelle mais grace à Internet et à sa nototoriété j’ai pu renouer le contact il y a qq années et je lui avais rendu visite à Strasbourg un a.m. dans son appartement ; nous avions évoqué pdt qq heures tous nos bons souvenirs d’enfance mais je suis reparti en ayant l’impression de laisser un homme seul et désabusé…

La nouvelle de son décès me touche énormément »

Dr Mourot

(Vraiment très désolé de vous avoir infligé cette très mauvaise nouvelle. Merci de votre témoignage, lui aussi très touchant ! J’ignorais tout cela, et notamment le passage à La Rochelle… « Les Blockhaus de la côte », voilà un titre que Pierre n’aurait pas dédaigné)

19 ans plus l’éternité. Hommage à Pierre de Starodoubsky. Personal tribute.

Posted in Do you remember ? with tags , on 26 février 2012 by Jeff

Peut-on ne pas avoir vu pendant 19 ans un ami cher, qui pourtant habite à quelques kilomètres de chez soi, et dans le même temps être comme foudroyé par l’annonce malheureuse de sa mort bien triste ?

Oui, c’est possible…

Il fallait, bien sûr, pour qu’une aussi longue séparation, désormais cruellement irréparable, existe,  des raisons plus sérieuses et consistantes que les paresses amicales qui nous éloignent parfois doucement des êtres aimés, il fallait plus que le défilement des vicissitudes habituelles de la vie.

Il fallait des raisons prégnantes et fortes, que nous tairons par pudeur, tant elles nous blessèrent et nous affaiblirent. Tant elles blessent et affaiblissent toujours les vivants – en tout cas moi. On ne gagne pas tous ses combats… Pourtant, « c’est un joli mot camarade »…

Pierre était fait de cette matière simple et claire dont les gens étaient davantage constitués, il me semble (avec quelque  optimisme, peut-être…), il y a quelques décades qu’aujourd’hui. Je vous parle d’un temps où Internet n’existait pas…

Assurément il n’était pas formaté – il n’y a pas que lui – pour la course à la « productivité », pour le temps des bobos, de l’hypocrisie et de la dissimulation.

Ses premiers vrais ennuis, il les connut sans doute à la Ligue… Lorsqu’on lui fit comprendre qu’il n’était plus « dans la ligne » : penser que le programme commun de la gauche, cela pouvait être tout de même un peu mieux que la politique libérale de Giscard, quelle idée ! Disons que ce n’était pas encore, alors, … la ligne de la LCR…

Mais laissons-là la constatation évidente que nous ne fûmes pas aptes, d’une manière générale, à prendre les trains en marche au bon moment et à appartenir à cette petite élite essentiellement parasitaire des opportunistes qui retournent leur veste avec grâce…

Pierre Staro, c’était aussi cette résistance têtue à l’informatisation des process de travail. Pour un « comptable », tout de même… ;-o))  Même si cela procédait sans doute essentiellement d’une inertie personnelle vis à vis des choses électroniques, je ne peux m’empêcher parfois de le mettre en rapport avec la révolte des Canuts. Inexorablement condamnée par l’Histoire, certes… Mais révolte pas tout à fait infondée…

Avec quelques réminiscences possibles de nos jours… Il suffit d’entendre un Pakistanais forcé, pour « gagner sa vie », de vous lire maladroitement un texte commercial en Français depuis un « Call Center » d’Orange…, ou de voir un jeune Chinois forcé, pour une paye de misère, de « jouer » 12 heures par jour devant un écran, pour qu’un occidental repus et inconscient puisse se délasser plus confortablement dans sa partie de jeu vidéo… Il suffit de constater combien, dans tous les milieux professionnels, l’informatisation asservit au lieu de libérer, par l’imposition désormais possible de tâches dont les trois-quarts ont peu à voir,  en réalité, avec l’acte de production…

Assurément donc, Pierre n’était pas de ce monde-là !…

Mais il était celui chez qui on était toujours à l’aise. Il était celui chez qui on ne pouvait rien craindre d’hypocrite. Celui chez qui on allait « boire un coup ». Celui qui faisait avec art, et sans affectation aucune, de cet acte simple comme une cérémonie évidente.

Pierre était un artiste, dont les tableaux, étrangement beaux, disent assez sa distance avec le monde. Je me jure bien de retrouver l’un de ses tableaux…

Addendum du 27/02/12 – J’avais oublié à quel point Pierre était exigeant vis à vis de son art, et le nombre incroyable de toiles qu’il a détruites, estimant que c’était « de la merde » ou, encore bien pire dans sa bouche… , un travail « alimentaire », alors que ces toiles étaient… définitivement superbes… Heureusement, parfois un ami parvenait à lui arracher, à force de supplications, de pouvoir acheter la toile menacée. D’ici quelques temps – je l’espère – grâce au concours  de ses amis un site internet regroupera des photographies de quelques éléments ainsi sauvegardés, et donnera à voir au monde cet art patient, obstiné, admirable.

Pierre rêvait, à un moment en tout cas, de déménager en Bourgogne. Et sans connaître précisément l’enchaînement des choses, je regrette bien pour lui que cela ne fut pas possible.

Pierre était toujours prêt à rendre service, comme si cela était juste la chose la plus naturelle du monde.

C’est lui qui en, pleine nuit m’emmena à Hautepierre pour la naissance de mon premier enfant. Cela ne s’oublie pas.

A l’époque je n’avais ni voiture ni permis. Il n’y avait pas encore de tram… Il fallait prendre « le 7 »… Ce n’était pas si simple… Et impossible ou presque la nuit.

Demain sera donc un jour très triste et difficile. Courage, donc, à ceux qui souffrent.

Courage à Florence, bien sûr. Courage à Isabelle, comme moi comme suffoquée parfois par l’annonce malheureuse. Courage à Pierre M. qui eut le rôle terrible de trouver le corps. Merci à Michel de ce coup de téléphone indispensable.

Bien sûr la vie n’est rien, ou presque. En comparaison de l’immensité du temps et de l’espace, même les 1 000 ans de l’empire romain ne sont rien de plus que… le crépitement fugace d’une allumette dans la nuit… Bien sûr, l’espèce humaine finira inéluctablement par s’éteindre, sans qu’il soit certain d’ailleurs que cela soit réellement dramatique… Bien sûr toute trace de vie est destinée à disparaître un jour, dans l’infinité d’un univers minéral et glacé – c’est semble-t-il l’hypothèse actuelle…, à moins que ce ne soit l’univers lui-même qui disparaisse dans le formidable brasier de l’effondrement gravitationnel…

Bien sûr, la mort de Pierre, comme me le disait quelqu’un récemment… , nous rappelle avec douleur que nous sommes vraiment peu de choses,  et nous laisse consternés, de cela notamment.

Pourtant, à voir à quel point nous pouvons être déchirés par 19 ans d’une absence désormais irrévocable, il est clair que la vie humaine ne vaut pas tout à fait rien.